Donation du Chalet de la Haute Nuit (B) à la Ville de Dudelange

08.11.2008 - 28.11.2008

Vernissage le 08.11.2008 à 11:30

Nei Liicht

STATEMENT
Au bout d'un in(c)lassable combat contre l'indifférence, François Liénard et Valérie Peclow, des galeristes pas comme les autres, ont décidé d'arrêter leur travail public, et de faire don à la Ville de Dudelange d'une collection précieuse d'œuvres de tous styles acquises au fil des expositions au Chalet de la Haute Nuit. Contre vents et marées, ils ont défendu pendant 17 ans l'art sous toutes ses formes, pratiquant une poésie en trois dimensions en compagnie d'artistes de tous bords. Leur "héritage" est le fruit d'une longue aventure qui a amené ces fouilleurs de l'imaginaire à une interrogation permanente sur le lieu et le temps, sur le monde d'aujourd'hui et celui à venir, en une vision dialectique qui réconcilie artistes reconnus et méconnus, jeunes et intemporels, et avec une foi inébranlable dans l'avenir d'un art non commercial et non événementiel. Cette exposition est une exploration d'une véritable île aux trésors, une invitation à la découverte d'une multitude de petites merveilles. 


DU SAUT DE L’ANGE AU DON DE L’ANGE EN PASSANT PAR DUDELANGE

« En voulant échapper au réel, en travaillant l’imaginaire, 
on se retrouve parfois prisonniers de cette vie pratique qu’on fuyait
et on passe son temps à le perdre en corvées de sisyphes modernes : 
paperasses, transports, bricolages, gardiennages et autres nettoyages…
Le quotidien que l'on rêve d'aménager juste au-dessus des contingences. »

(Le Chalet de Haute Nuit/François Liénard & Valérie Péclow)
Par cette donation à la ville de Dudelange, le Chalet de Haute Nuit asbl, assumant son héritage des militants de la Haute Nuit, fait œuvre : avec un ensemble réuni à Bruxelles, en communauté française et même ailleurs qui s’étire sur près d’une quinzaine d’années. Cette association a été créée de toute pièce par un chômeur qui l’a fait vivre en constituant dans la marge une collection transformée en une chose à la fois officielle, existentielle, artistique et poétique. En prenant l’apparence d’une exposition classique, cette donation in situ, « clé en main », devient une œuvre à part entière. Tel que Kurt Schwitters le pratiqua naguère dans la Merzbau, le principe d’assemblage et d’accumulation fut appliqué à de nombreuses disciplines comme, entre mille et un exemples, l'Archive for Small Press & Communications de Guy Schraenen, les colères d’Arman, les mélanges d’images et de matières de Rauschenberg, les expositions événements de Harald Szeemann, les «sites » de Jochen Gerz. L’assemblage s’apparente à un phénomène de redistribution. Le concept de mise en scène devient un acte global, un ensemble, une œuvre. Le concept de mise en scène devient un acte global, un ensemble, une œuvre. Dans ce processus de vision dialectique entre arts plastiques et littérature, le principe même de donation se transforme en interrogation sur les clichés, les lieux, l’objet, la collection, le cabinet d’amateur, les territoires à peine pré-textes sans thématique.
On n’évoquera pas nécessairement que cette attitude va à l’encontre de l’hypocrisie de conservateurs-curateurs-commissaires publics peu soucieux de leur nécessaire humilité scientifique au profit de concepts post-modernistes personnels ou de la frilosité francommunautaire paralysée par une sorte d’incurie à l’égard du monde extérieur. On n’évoquera pas non plus les butins qui passent les frontières devant les douaniers qui ferment les yeux et les immigrants exploités par des passeurs sans scrupules. Car l’on sait que la notion de passage des frontières a toujours été trouble : poétiquement légale/légalement poétique et institutionnellement clandestine/clandestinement institutionnelle. Cette « donation-document » s’intègre donc au domaine de l’art en tant qu’œuvre pour en transgresser des frontières qui ne sont pas que géographiques Fruit d’une attitude différentielle, le rapport entre les œuvres se « documentarise », devient au fil des ans une construction pleine de souvenirs, de rencontres et de choix : une tranche de vie. La reconnaissance du processus de création devient partie intégrante de l'œuvre d'art, phénomène de décloisonnement, sort des espaces traditionnels d’investissement artistique et envahit de façon diffuse l’espace public dans un contexte de mise en circulation de l’œuvre. Non, cette œuvre n’est pas l’objet d’un « placement » au Luxembourg …Tout au plus, s’agit-il d’un déplacement d’un arrière-pays, la Wallonie des artistes non officiels, vers une ville accueillante du plus arrière des arrière-pays…
Ghislain Olivier, avril 2008