POWER & RUINS

07.05.2011 - 11.06.2011

Vernissage le 07.05.2011 à 23:30

Nei Liicht

Commissaires : Paul di Felice + Danielle Igniti 

L’exposition a lieu dans le cadre du Mois Européen de la Photographie en collaboration avec café Crème asbl.
 

Dans le cadre de la troisième édition du Mois européen de la photographie au Luxembourg, le Centre d’art Nei Liicht présente une exposition qui décline la thématique du privé et du public en confrontant l’image du pouvoir et l’image de la ruine tout en focalisant sur les rapports antinomiques entre intérieur et extérieur.

Trois artistes de cultures et d’âges différents, choisis en fonction de leurs propositions artistiques complémentaires sont réunis dans cette exposition parce qu’ils explorent avec des démarches photographiques singulières des lieux insolites, fascinants et inquiétants.
 

Luca Zanier, photographe suisse d’origine italienne, est fasciné par l’étrangeté déconcertante des lieux d’énergie comme les centrales nucléaires et hydroélectriques, mais aussi par l’esthétique intimidante des lieux où des décisions politiques importantes sont prises comme les intérieurs du Conseil de sécurité de l’ONU ou l’Assemblée générale de l’ONU. Dans ces photographies parfois très dépouillées, parfois très chargées, l’information en tant que telle laisse la place au langage plastique de la composition, des couleurs et des formes. De ces mondes étranges et artificiels, comme dit Zanier „émane une logique froide“ que l’artiste rend visible à travers des photographies interpellantes.

A cette architecture inhumaine s’opposent les photographies des mutations architecturales et des traces de l’histoire encore assez récente du Cambodge de Catherine Griss. Ses photographies en noir et blanc d’intérieurs de villas coloniales abandonnées du fait de l’occupation des khmers rouges montrent, tout en évoquant l’univers littéraire du passage indochinois de Marguerite Duras, les stigmates de la guerre et de la dictature de Pol Pott. En 2009,  Catherine Griss décrit ses premières impressions au Cambodge qui l’ont inspiré à commencer cette série de la façon suivante :  „Je découvrais des portes ouvertes, d’autres fermées que je devais contourner et derrière la végétation luxuriante je trouvais d’autres carcasses, des douches, des cuisines, des piscines, et les inscriptions laissées par la guerre des khmers rouges, les lignes brisées des destructions en cours et chaque jour les traces de lieux disparus,  des traces infinies…“
 

Les traces d’une histoire plus proche de la nôtre s’affiche dans les oeuvres photographiques de l’Anglais Dan Dubowitz. Avec les photographies de ruines dans la série Fascismo abbandonato,  il s’attaque à l’image aujourd’hui déchue de la monumentalité architecturale notamment des immeubles modernistes propagandistes de l’endoctrinement fasciste des enfants (Colonie). Paradoxalement cette série qui s’inscrit dans la continuation de ses photographies précédentes sur les terrains vagues (Wasteland) nous plonge dans le dilemme d’une esthétisation de la ruine. Ce questionnement qui prolonge le débat d’une architecture formellement intéressante mais idéologiquement  rejetable et qui relève le problème du patrimoine architectural détaché de son contexte idéologique est pertinemment mené par Patrick Duerden, qui a accompagné ce projet du point de vue théorique.  Pour lui les ruines sont comme la métaphore de l’héritage fasciste, complexe et douloureux qui a laissé des stigmates dans la conscience collective. Plus que de documenter cet état de la ruine, les photographies de Griss et de Dubowitz déconstruisent et décontextualisent ces lieux en les ouvrant à un imaginaire au-delà de leur charge historiquement symbolique.
 

C’est dans cette image équivoque de temporalité suspendue et de spatialité suggestive que se joue toute la beauté ambiguë de ces propositions artistiques.